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  • Photo du rédacteurJulien Gaüzère Auteur

Je suis à Turnpike Lane (Chronique n°50)

Dernière mise à jour : 28 févr. 2021

19 Mars 2014,

Cela fait plusieurs jours maintenant que je me cache, ici, à Turnpike Lane. Je répare mes blessures et j'essaie d'effacer cette histoire passée... Ce couple qui vient de s'effondrer.

J’ai rejoint une amie qui réside à Londres, cela m’a permis de fuir « ma » capitale. A ses côtés, je réapprends à rire, à croire... A écrire aussi. C’est chez elle, à Turnpike Lane que j'entame un nouveau chapitre...

Après ta trahison, j’aurai dû pleurer, te haïr ou hurler mon dégoût. Au lieu de ça, j’ai rassemblé quelques affaires… Deux, trois vêtements, un carnet, un stylo et je me suis enfui… Je suis parti me réfugier à Turnpike Lane.


Quand je suis descendu de l’Underground, j’ai senti cette délivrance. Tu étais définitivement loin de moi. Aucune larme et aucune colère n’avait encore pris le contrôle de mon être… Malgré cela, il pleuvait sur Turnpike Lane. Certains Londoniens disent qu’ici, on arrive toujours à contre coeur et lorsque l’on repart, on espère seulement pouvoir revenir. J’ai envie d’y croire… De croire que Turnpike Lane m’aidera à t’oublier.


Il est assez difficile de te décrire cet endroit. Les habitations sont sombres à Turnpike Lane. Les rues paraissent monotones et ennuyeuses. Les jardins dans les squares semblent abandonnés. Turnpike Lane aussi doit avoir des problèmes de coeur… Peut-être a t-elle croisé la route d’un menteur… Peut être a t-elle trop aimé sans compter… En remontant ces rues moroses, je réalise que nous avons beaucoup de point commun Turnpike Lane et moi… nous nous sommes négligés.


J’ignore si c’est le temps ou peut être bêtement mon moral, mais je trouve qu’il y a une fêlure… Une tristesse palpable par ici. Turnpike Lane est déprimante… Elle me fait prendre conscience que je ne vais pas bien… Que moi aussi j’ai une fêlure, une tristesse… et même si tu es à des kilomètres, elle me murmure ton nom pour que je te haïsse... Je ne céderai pas...


Ne t'inquiète pas, je sais pourquoi je t’ai fui, tout comme je sais pourquoi, un jour, je suis tombé amoureux de toi. Je croyais que tu étais mon oxygène mais on a finis par m’asphyxier. Je croyais que tu serais mon futur avant de découvrir tes trahisons passés. Je t’ai fui pour m’assurer que je pourrai me reconstruire… seulement, j’ignore encore pourquoi je suis venu ici, à Turnpike Lane.


Je te l’accorde, au départ, j’émettais beaucoup de réserve sur la « chaleureuse » Turnpike Lane. Puis, la nuit s’est installée par ici. Une nuit calme, encore un peu humide et venteuse. Je me suis retrouvé à The Toll Gate, un pub du quartier. J’ai commandé une bière au bar, j’ai sorti mon carnet, mon stylo et j’ai observé… Les collègues de travail qui décompressent de leur journée, les amis qui se retrouvent, les couples qui affinent un premier rendez vous. Il y avait toutes les générations : des jeunes, des moins jeunes… Des gens d’ici, des gens d’ailleurs… Des gens d’ailleurs qui se sentaient d’ici et des gens d’ici qui s’espéraient ailleurs.


C’est en m’offrant le spectacle de ces personnes que Turnpike Lane m’a redonné foi en moi. Elle m’a surtout prouvé que chez elle, les coeurs brisés avaient une seconde chance. Sous ses faux airs austères et froids, Turnpike Lane est prévenante et maternelle avec les gens qui viennent trouver refuge.


Je jette un oeil sur mon téléphone… huit appels en absence… C’est toi… Tu ignores toujours où je suis et moi j'ignore où je vais. En revanche, je sais maintenant pourquoi je suis venu ici. En rentrant du pub, ce soir, j’ai pleuré. J’ai laissé échapper ma rage et mon chagrin. Je dois me faire une raison, tu as délaissé mon coeur… Mais je ne suis pas seul pour autant... je suis à Turnpike Lane.

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